J'suis en train de crever, merde... Je réponds froidement, ou pas, mais tout le monde s'en tape. J'suis dans le noir et dans le silence, un PC sur les genoux et un air déconfit sur le visage, et personne n'a rien à me dire ?! J'regarde les phrases des voitures m'éblouir le visage, et les flaques d'eau mêlées de goudron au sol... J'regarde le lampadaire pas encore cassé, et la seule fenêtre par laquelle de la lumière perce... J'regarde les rideaux éclairés d'une lumière grisâtre, qui rendent les pièces si affreusement dénuées de vie et d'espoirs... J'regarde les mots s'accumuler de la même façon qu'ils sont acheminés jusque dans mes doigts pour leur donner vie, ou la leur rendre... J'écoute le bruit régulier du lave-linge, j'écoute le doux murmure de l'ordinateur qui ronronne, et le bruit des touches qui cliquètent sous mes doigts... Je me vois, les yeux mornes, baissés et douloureux. Je me vois fuir ces propres mots qui s'entassent dans mon cerveau. Je vous libère, foutez le camp ! Ne revenez plus... Jamais. Je me vois avoir du mal à déglutir, je me vois la bouche incapable de former les fossettes de mes joues, incapable de se retourner pour remonter plutôt que tomber. Je me vois toujours avec cette putain de clope à la main. La clope de la délivrance. Je la veux, putain, je la veux. Je veux avoir quelque chose auquel me rattacher, je veux la fumée dans mon corps, je veux tirer dessus, je veux avoir les yeux dans le vague, le cerveau en compote, et une nausée atroce. Je veux sentir le tabac froid sur mes doigts, odeur acre et doucereuse... J'ai pas besoin, non. Je veux. Je veux juste. Est-ce que je suis bousillée ? On m'le dit souvent, mais le suis-je ? Est-ce que je suis déglinguée de l'intérieur ? J'nourris pas, ou peu d'envie de crever. J'nourris pas, ou peu d'envie de vivre.