Le casque jette tellement fort la musique à l'écoute que le monde entier des alentours peut entendre. Les mélodies me laissent pourtant de marbre. Je ne vibre pas, je ne pleure pas, même si caricaturée je déborderais d'eau. Impatiente, mais fatiguée. Envie de rien, je suis vide, comme bien souvent, bien trop souvent. Fatiguée à 22h, lasse de tout. Le soleil n'est pas encore complètement parti que je suis déjà allongée dans un noir factice avec un bandeau pour les yeux, et le casque qui hurle des chansons qui ne m'impressionnent même pas.
Tout le monde est vide, vide de sens à mes yeux, parce qu'ils n'ont rien d'attrayant. Se fabriquant des petites existences et des petites passions, elles croient qu'elles ne pourraient vivre sans. C'est ce que je croyais aussi, avant de m'aperçevoir qu'on peut vivre de rien, si le fait de vivre est le fait de ne pas être mort physiquement. On peut vivre sans rien, assis dans une pièce dénuée de meubles ou d'objets attrayants, sans bruit et sans personne. On peut, vraiment. Le sentiment en ressortant n'est même pas de la tristesse, parce que pour ressentir tout sentiment il faut d'abord ressentir son contraire, or ce n'est pas arrivé depuis longtemps.
Pourquoi faut-il absolument que quelqu'un meure ? - Pour en faire ressortir le goût de la vie... par contraste.
Dearest, I feel certain I am going mad again. I feel we can't go through another of these terrible times. And I shan't recover this time. I begin to hear voices, and can't concentrate. So I am doing what seemsthe best thing to do. You have given me the greatest possible happiness. You have been in every way all that anyone could be. I don't think two people could have been happier till this terrible disease came. I can't fight any longer, I know that I am spoiling your life, that without me you could work. And you will I know. You see I can't even write this properly. I can't read. What I want to say is I owe all the happiness of my life to you. You have been entirely patient with me and incredibly good. I want to say that — everybody knows it. If anybody could have saved me it would have been you. Everything has gone from me but the certainty of your goodness. I can't go on spoiling your life any longer. I don't think two people could have been happier than we have been.
Suicide note to her husband, Leonard Sidney Woolf (18 March 1941)
Tout le monde est vide, vide de sens à mes yeux, parce qu'ils n'ont rien d'attrayant. Se fabriquant des petites existences et des petites passions, elles croient qu'elles ne pourraient vivre sans. C'est ce que je croyais aussi, avant de m'aperçevoir qu'on peut vivre de rien, si le fait de vivre est le fait de ne pas être mort physiquement. On peut vivre sans rien, assis dans une pièce dénuée de meubles ou d'objets attrayants, sans bruit et sans personne. On peut, vraiment. Le sentiment en ressortant n'est même pas de la tristesse, parce que pour ressentir tout sentiment il faut d'abord ressentir son contraire, or ce n'est pas arrivé depuis longtemps.
Pourquoi faut-il absolument que quelqu'un meure ? - Pour en faire ressortir le goût de la vie... par contraste.
Dearest, I feel certain I am going mad again. I feel we can't go through another of these terrible times. And I shan't recover this time. I begin to hear voices, and can't concentrate. So I am doing what seemsthe best thing to do. You have given me the greatest possible happiness. You have been in every way all that anyone could be. I don't think two people could have been happier till this terrible disease came. I can't fight any longer, I know that I am spoiling your life, that without me you could work. And you will I know. You see I can't even write this properly. I can't read. What I want to say is I owe all the happiness of my life to you. You have been entirely patient with me and incredibly good. I want to say that — everybody knows it. If anybody could have saved me it would have been you. Everything has gone from me but the certainty of your goodness. I can't go on spoiling your life any longer. I don't think two people could have been happier than we have been.
Suicide note to her husband, Leonard Sidney Woolf (18 March 1941)

